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Decouvrez des a present le portrait de Boris Vian:

Né dans une famille atypique, d’origine russe, le jeune Boris Vian se sent tout de suite à l’aise pour privilégier une approche de la vie non conformiste. Elevé dans « un complet mépris de la Trinité sociale : Armée, Eglise, Argent » (1) au sein d’une famille unie et aisée, il va pourtant connaitre rapidement les réalités les plus dures de la vie. En avance sur tout, le futur centralien va devoir « gérer » une excellence qui se manifeste dans les sciences de l’ingénieur comme en littérature, en musique comme dans l’usage des mots, son éloquence est appréciée lors de ces nombreuses conférences. Une excellence désormais reconnue comme parolier à succès, directeur artistique de Philips, au théâtre comme au cinéma, dans la traduction, le journalisme, la critique de Jazz… Boris Vian a été toute sa vie atypique, dans son comportement comme dans ses écrits. D’une modernité insolente, ses romans 60 ans après, sont toujours lus, étudiés et adaptés (le film “l’Ecume des jours” sortie le 24 avril 2013). Il vient d’entrer à la Pleiade.

Boris Vian illustre à sa manière l’artiste pressé, fou de jazz, curieux de tout. Esprit libre, roi de la dérision, il se glisse aussi parfaitement dans les nouveaux courants musicaux novateurs tels que le « be bop ». Vian, c’est la « Jazz attitude » de l’après guerre: expériences nouvelles, dérision et désinvolture. Musicien, romancier, ce « prince » du St Germain des Prés de la fin de la guerre a été l’ami de Sartre et Queneau, un proche de Merleau-Ponty, Bost, Leiris, Camus, Gréco, Cazalis, Lemarchand. Il a acceuilli Milles Davis et Duke Ellington, Louis Armstrong… à Paris, joué avec Jeanne Moreau pour Vadim, écrit avec Prévert, composé avec Luter, Legrand et Salvador, échangé avec Sartre (qui lui a “emprunté” au passage sa première épouse). Boris Vian restera pour l’histoire de cette époque une des traces les plus profondes et sans doute une pensée originale parmi les plus atypiques de l’après guerre.

Alors Vian, une vie brillante ? Pas si simple.

Démarche classique: on ne comprend pas Boris Vian si l’on écarte son enfance. Très jeune, cet enfant rêveur va connaitre de multiples épreuves. Avec la crise de 1930, son père est totalement ruiné. A 12 ans, Boris apprend qu’il porte en lui, au niveau du cœur une véritable bombe à retardement. Il s’agit d’une déficience de la valve aortique. Son espérance de vie est courte et, à tout moment, il peut partir. Enfant, déjà en sursis, il doit vivre encore et sans doute se battre plus fort après l’assassinat mystérieux de son père. Plus tard, la mort rode à nouveau avec la disparition accidentelle ou désirée de son ami le plus proche, le « Major », Jacques Loustalot.

Tout avait bien commencé. L’enfant Vian était entouré par ses frères, sa famille, ses amis. Paul Vian, son père avait au comble de sa richesse privilégié les cours particuliers directement dans la demeure de Ville-d’Avray, à l’ouest de Paris. Puis Boris et ses frères fréquentent le lycée de Sèvres, le lycée Hoche à Versailles (2) avant d’achever leur cycle secondaire au Lycée Condorcet à Paris. Latin, Grec, Allemand et des échanges en langue anglaise avec son père puis sa première épouse Michelle lui serviront notamment plus tard comme traducteur. Elève brillant, le bac latin-Grec en poche à 15 ans avec dispense puis a 17 ans Bac Philo et mathématiques, il est admis a l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures dans un rang moyen (il touchait déjà à beaucoup de choses). Boris Vian entre en première année le 6 novembre 1939 à Angoulême ou l’école Centrale était « repliée » en raison de la guerre. Pur produit d’un excellent système scolaire, le non conformiste Vian écrira plus tard dans un de ses romans (Les Fourmis) : « C’est drôle comme les gens qui se croient instruits éprouvent le besoin de faire chier le monde ». Boris, déjà, écrit et compose. Première œuvre,un peu technique : « Physicochimie des Produits métallurgiques » rédigée avec un vocabulaire de centralien : les « bandoirs » (transcription d’un cours) ont été utiles pour obtenir la peau d’âne (diplôme de la promotion b section Métallurgie). Entre les fêtes (nommées encore surprises-parties) de Ville d’Avray, Capbreton…. Et les études, Boris entouré fidèlement de ses amis (dont le « Major ») rédige ses premiers textes, des poèmes pour la plupart. Il joue de la trompette et se découvre l’un des premiers experts en Jazz américain.

Sa première femme Michelle précise que le Jazz que jouaient les Allemands n’était pas « bon » (3). Naturellement, à la Libération, Boris Vian fait danser les parisiens dans la formation Jazz de Claude Abadie, un polytechnicien banquier et excellent musicien amateur. Excellent orchestre amateur que le fidèle « Major » accompagnait souvent. L’influence du « Major » sur Boris est primordiale. Ce fil de bourgeois aisés, intelligent et sensible, était facétieux: il jouait souvent a enlevé son œil de verre pour impressionner les filles, sortait des fêtes souvent ivre et… par la fenêtre! Le “Major” illustre le style de vie d’une certaine jeunesse des années 45 – 50 du quartier de St Germain des Prés à Paris. Vivre joyeusement, rire enfin après les atrocités et les hontes de la guerre et de ses réglements de compte à la Libération, ne pas se soumettre a un monde dont ils mesurent l’absurdité, se méfier des autorités voire s’en affranchir, se passionner pour les nouvelles musiques, les nouveaux auteurs et leurs idées (existentialisme par exemple). Une jeunesse parfois inconsciente sur ses propres risques: en « quittant » une surprise-partie, le « major » perdra la vie au cours d’une ultime voltige par une fenêtre une nuit de janvier 1948.

Une page se tourne après la disparition du “Major”. Premiers jobs et premiers romans pour Boris Vian désormais marié et père d’un petit garçon. Boris Vian écrivait « au bureau » en l’occurrence ceux de l’Office du papier puis de l’AFNOR qui venaient de recruter le jeune ingénieur. Ce dernier rédige alors « l’Ecume des jours » et « L’Automne à Pékin ». La nuit, Boris joue de la « trompinette » au Tabou, la cave incontournable de St Germain que lui et sa bande ont « investi » avec Gréco qui filtrait les « copains » à l’entrée. C’est le 11 avril 1947 qu’est officiellement créé le Club dans un bistrot du 33, rue Dauphine, qui se nomme déjà le Tabou où la musique venait d’un pick-up. En juin 1947, un orchestre animé par Boris Vian et son frère Alain remplace le tourne-disque. Avec l’orchestre Abadie, Boris Vian joue aussi dans les dancings de l’après-guerre : Royal Villiers, Rainbow Corner boulevard des Capucines… Un swing vigoureux à la manière de « Bix » (Bix Beiderbecke, jazzman, un des rares trompettistes blanc né en 1903 et mort en 1931). Plus tard, après le musicien dont la carrière a dû s’interrompte en raison des problèmes de santé, le romancier puis le parolier imposeront ce style fait de panache et de provocation, d’antimilitarisme et d’appels à l’érotisme, pour dénoncer l’absurdité et la “connerie” comme le souligne Boris Vian dans la “Last Interview” d’attypique.com.

Un exemple parmi d’autres: l’incontournable « tube » (mot dont Boris Vian est parait-il l’inventeur) que constitue « Le Déserteur » chanson pacifiste de 1954 que Boris Vian a rédigé en réaction contre la guerre d’Indochine, a aussi son histoire à tiroir. Le texte (initialement un poème) s’achevait à l’origine, par un quatrain plutôt menaçant : « Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que j’emporte des armes, Et que je sais tirer. » L’interprète Mouloudji lui fait remarquer que cette chute ne colle pas avec l’idée de pacifisme. Boris Vian rectifie le texte dans la version définitive : « que je n’aurai pas d’armes, et qu’ils pourront tirer ». Lorsque Boris Vian l’interprète lui-même lors d’une tournée aux côtés de l’humoriste (on disait alors comique) Fernand Raynaud, cette chanson considérée comme antimilitariste est souvent sifflée. Dans cette France de l’après-guerre, un commando d’anciens combattants veut l’empêcher de chanter car ils voient en lui un « bolchevik » lui qui s’est toujours méfié de la politique. Peu importe, il chantera. Comme plus tard Gainsbourg qui connaitra le même « acceuil » en interprétant sa version de la « Marseillaise ». Dans son excellent “Vies parallèles de Boris Vian” Noël Arnaud rappelle que les 22, 27, 29 avril et 24 juin 1955, Boris Vian enregistre au Studio Apollo, rue de Clichy le disque au titre subtil ” Chansons possibles et impossibles “. Le disque, pressé à 1 000 exemplaires, voit sa diffusion empêchée par des injonctions adressées à la Maison Philips, par une interdiction de passage sur les ondes et par les dénonciations des politiciens “patriotes patentés”. Selon Noël Arnaud “Le Déserteur” était évidemment la principale cause de cette cabale.

Vian, fondamentalement est un artiste atypique, un visionnaire contestataire, un musicien fou de jazz, un écrivain de l’absurde. Ennemi de la médiocrité et du conformisme, cet atypique, ami d’autres auteurs contestés en leur temps Sartre, Jarry, Prévert… a combattu les archaismes toute sa courte vie avec élégance et dérision. Cet original a beaucoup écrit notamment sur l’absurdité, celle de la guerre par exemple : « l’absurdité des batailles qui sont des batailles de mots mais qui tuent des hommes de chair ». Une originalité pas toujours acceptée de son vivant, lui qui en rêvait, qui recherchait une reconnaissance. Il a rejoint la collection de la Pléiade en 2010. Ce que confirme à sa manière, sa première épouse, Michèle : « Boris a toujours eu vingt ans d’avance » (3). Son drame intime, c’est qu’Il n’a peut être jamais su qui il était réellement cet enfant condamné a 12 ans. Après avoir renoncé a différents métiers, ingénieur, musicien, romancier, la fin de sa vie écourtée ressemblait à un tunnel interminable dont la sortie semblait improbable au fur et a mesure que son cœur faiblissait. L’enfant angoissé resurgissait. Boris Vian doté d’une générosité et d’une gentillesse reconnues pas tous a dû parfois se sentir très seul. Seul certainement, ce jour de juin 1959, ou il est mort, durant la projection privée du film « J’irai cracher sur vos tombes » tiré d’un de ses romans. Ce jour là, il a 39 ans depuis trois mois et a toujours soutenu qu’il n’en n’aurait jamais 40.

Jean Philippe Klein

Klein-attypique@gmail.com

Le contenu de ce texte est protege par le copyright de son auteur-merci.

Isabelle Esling

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